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J'existe grâce à vous: je suis narcisse 2.0

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Cette vidéo m'interpelle pour la raison suivante: Est-ce que le web 2.0 ne serait-il pas devenu une nouvelle scène de théâtre qui permet de mettre en scène son meilleur profil?

Facebook, Twitter, Snapchat ont littéralement changés notre manière de communiquer. Selon Mark Zuckerberg lui même: Facebook "change la norme sociale". Famille, amis, collègues nous sommes tous sollicités incités par une machinerie où clics, likes, followers et commentaires façonnent l'image de soi destinée a être validée par les autres. 

Mais qu'est-ce que le narcissisme?
Historiquement, selon la version d'Ovide, un devin avait prédit que le petit Narcisse, fils d'une nymphe, vivrait très vieux à la condition de ne jamais voir son image. Devenu adulte-et-très séduisant il fait tomber sous son charme hommes comme femmes. Trop imbu de sa personne, le bel éphèbe les ignore tous. Un jour, se penchant pour s'abreuver à une source et apercevant son reflet, il tombe amoureux pour la première fois. De lui-même! Et reste à se contempler, éperdu de désir...jusqu'à en dépérir et mourir. De belles fleurs blanches, des narcisses, pousseront là où il s'est éteint.



Que dit la psychanalyse sur le narcissisme.
Selon Freud (1915), le narcissisme est un stade de l'évolution libidinale entre l'auto-érotisme et la relation objectale: "Le sujet commence par se prendre lui-même, son propre corps, comme objet d'amour". Le narcissisme est donc l'amour porté à l'image de soi-même.
Pour compléter l'analyse faite par Freud, Heinz Kohut  psychanalyste américain, démontre que le narcissisme n'est pas seulement une pathologie liée à un excès mais bien à un défaut d'amour de soi. Pour lui, les narcissiques sont des "personnes qui n'ont pas reçue dans leur enfance de validation satisfaisantes à leurs besoins psychologiques". 


A partir de ces deux interprétations, le narcissisme c'est l’amour porté à son image mais aussi un défaut de satisfaction lié aux besoins psychologiques de la personne.
Peut-on dire que les personnes qui "upload" le plus, sur un réseau social, sont en manque de satisfaction et attendent une validation par les autres?
Le web 2.0  est-il devenu un "espace autre" ( hétérotopie de Michael FOUCAULT) qui a développé un mode d'utilisation favorisant le e-narcisse?


Le selfie.
Les selfies, ces autoportraits qui reflètent à l'instant "T" la mise en scène de l'image et la valorisation de soi, envahissent la toile avec près de "550 millions de photographies téléchargées toutes les vingt-quatre heures". Le Selfie devient l'outil incontournable des digital natives. Ce mot devenu commun, a été promu "mot de l'année 2013" par l'Oxfort Dictionary, qui définit le selfie comme étant un ART "de retourner bras tendu l'objectif sur soi". 
Pour aller plus loin, Gianni Haver, professeur en sociologie de l'image à l'Université de Lausanne, défini le selfie comme une photographie tournée vers soi mais produite pour communiquer quelque chose à l'autre. 
Pour Annick Dudied, le selfie permet de "fixer les instants de la vie, de jalonner son parcours de moments jugés suffisamment importants pour être immortalisés". Le message que l'on veut transmettre ne fonctionne que dans l'immédiat offrant ainsi une quasi-intimité avec les autres. 
Le message, l'image que l'on souhaite transmettre par le selfie est choisit, retoucher, planifier afin de mettre en avant le meilleur de soi-même. "Se portraiturer sur internet autorise l'invention d'un sur-moi. Mais cela ne fonctionne que s'il produit des réactions de la part des autres, sur ce que l'on met en ligne" (Microsmagazine)

Publié un, deux, trois selfies, alimentent une insatisfaction de l'image de soi. La mise en scène du selfie est codifié par les normes sociales de l'internaute. Les réactions des autres doivent valider l'image qu'il a transmis. L'approbation se fera au moyen des outils mises à disposition des autres. Les réseaux sociaux sont des espaces privilégiés où l'internaute peut choisir l'identité numérique qu'il souhaite, en cohérence avec le public qu'il veut toucher. 
"Comment en s'exposant, on se regarde soi-même" Benjamin RASSAT 

Réseaux sociaux: des canaux de diffusion.
Les réseaux sociaux sont les seuls endroits où l'on peut s'exposer rapidement et facilement. Selon Benjamin RASSAT," les narcissiques ont trouvé sur les réseaux sociaux un endroit où ils peuvent donner libre cours à leur vanité, à leur impulsivité et à leur grandiloquence sans avoir à en découdre avec leurs interlocuteurs". 
Les réseaux sociaux tels que Facebook est un théâtre sur laquelle les internautes peuvent mettre en scène leur personne et leur image. Les interactions sociales sont vues comme un système de communication par lequel se construit l'identité que l'on souhaite partager. Cet engagement se manifeste au moyen du "participation communautaire".De même, cela amène l'internaute à interagir avec les autres: je justifie, je modifie, j'identifie, Je personnalise mes réponses, je commente, je publie et j'aime. Tous ces processus entretiennent le contact, afin d'encourager d'autres commentaires "lorsque la pompe est amorcée, c'est sans fin". L'image de soi postée en image de profil sur Facebook vaut plus par les réactions qu'elle suscite que par ce qu'elle est comme image de soi.

Je rejoins l'idée d'Erving GOFFMAN, "Le monde comme théâtre", puisque les réseaux sociaux ont instaurés un nouveau dogme en matière de communication. Metteur en scène avant tout, l'internaute choisis de s'exposé sur le web 2.0, afin d'attirer l'attention du plus grand nombre. Sur cette plateforme, chaque protagoniste compte pour que le film que l'on se construit soit viable. Le narcisse 2.0, se tourne tout entier vers ses spectateurs. L'apogée se traduit par une acclamation de son public. Mark Zuckerberg l'a compris avant tout le monde et a crée le pouce lever vers le haut. Simple d'utilisation, "j'aime" en un clic, mais qui peut être retirer sans préavis d'un seul clic. Le plaisir est total tant dans le rôle de celui qui poste un selfie que celui qui "like" ou qui "dislike". Le narcisse 2.0 jouit dans l'usage des réseaux sociaux. 

Le nombrilisme: je prends mon pied.
L'avènement du web 2.0 a offert davantage de visibilité à l'égo, surtout lorsque le simple fait de parler de soi libère de la dopamine responsable du sentiment de plaisir. Donc, pourquoi s'en privé? (Oliver GLASSEY)
Ce besoin presque compulsif de mettre toujours de nouvelles photos, fait naître une existence-miroir de soi. Une euphorie, de constater le nombre de like et de commentaire.  Cela rassure! J'existe grâce à vous, donc je suis. Le plaisir se transmet et se traduit par un bien être intérieur qui donne de l'énergie. Cependant, elle peut aussi avoir l'effet contraire. Ce contrôle constant des réactions et surtout des non-réactions remet en question l'estime de soi: Qu'en pensent-ils? L'aiment-ils toujours? Trouvent-ils ça bien? Beaucoup lisent un statut mais ne les commentent pas. (Facebook m'a tué). "Je" veux être au centre de tous les intérêts coûte que coûte.

"C'est un peu la version moderne de la vilaine reine dans Blanche-Neige, qui a toujours besoin d'être rassurée"



Les limites: de l'égocentrisme à la raison.
A force de poster des photos et de parler de sa vie sur Facebook, Twitter, Snapchat, on cultive une estime de soi surdimensionnée. Les premiers touchés sont les adolescents qui sont massivement présent sur les réseaux sociaux. Aux Etat-Unis, on nomme cette génération "me me me generation". Or, les adolescents du XXIème siècles, sont nés dans l'ère du numérique où les appareils photos et caméras sont à porter de main. De plus, le boom des smartphones et des tablettes ont accentué ce phénomène de narcissisme. La caméra embarquée des smartphones est devenue le miroir de poche par laquelle les adolescents se construisent leur image numérique. Pourquoi cet égocentrisme? Pour Claire BALLEYS et Vincent CESPEDES,  le "moi est chéri comme jamais, fétichisé jusqu'au sacré" parce que l'on n'arrive plus à dire "nous". L'intérêt de l'individualisation au détriment du collectif est accentué par le système capitaliste qui ne cesse de mettre en évidence la précarité des jeunes. Par conséquent, pour rester dans un modèle interactif, il faut apprendre à prendre du recul face aux réactions reçues positives comme négatives. 
Peut-on parler d'addiction au selfie? Est-ce que ceux qui use du selfie de manière excessif ont trop peu d'estime d'eux même? Quels sont les conséquences liées à l'utilisation du selfie comme miroir de soi?

Addiction au selfie :à la recherche de la perfection.
Le gros problème avec le narcisse 2.0 est qu'il pousse les individus a rechercher la perfection à travers leur selfie. Qui ne rêverai pas d'être une star? C'est possible par l'installation d'application tel que facetune et j'en passe. Les manifestations de narcissisme numérique sont là pour compenser la réalité et une très faible estime de soi. Et quand ces efforts sont renforcés et récompensés par des commentaires et des "J'aime", ils accentuent alors l'écard avec la réalité et consolident l'illusion narcissique en enfermant l'individu dans son monde où il est enfin celui qu'il souhaite être. 
En Thaïlande, Panpimol Wipulakorn constate cette addiction aux selfies: "Pour avoir regardé de près ce phénomène et ceux qui participent en commentant et en cliquant sur "J'aime", l'individu s'enferme dans un mode de rapport qui le fait espérer le maximum de "J'aime" et de "commentaires". Ce comportement observable ne peut qu'aboutir à d'important dysfonctionnements psychologiques. 


"J'étais constamment en recherche du parfait selfie et quand j'ai réalisé que je ne pourrais jamais y parvenir, j'ai voulu mourir. J'ai perdu mes amis, gâché mon année scolaire, ma santé et presque ma vie" témoignage de Danny BOWMAN au Sundy Mirror.


Mes points d'auto-évaluation: Suis-je narcisse 2.0?
  • C'est "moi-je" et j'attends des compliments pour me rassuré.
  • Besoin compulsif de publier des photos et d'être vu, lu le plus possible.
  • N'apprécie pas la critique et recherche un moyen de détourner l'attention ou d'exprimer son mécontentement de manière subtile
  • Il se bosste aux nombres de commentaires et de likes
  • "J'ai toujours" raison car tout le monde pense comme moi.
Cette envie irrépressible d'offrir au plus grand nombre des instants privés par le biais du web 2.0 serait-ce un symptôme d'une société du moi, moi et encore moi? Poster de nombreuses images de soi bien orchestrées en selfie, restent virtuel. Ce virtuel offre la possibilité de mettre le focus sur le meilleur de soi, même si cela implique différentes retouches. Le narcisse 2.0 ne fait qu'afficher une face cachée de soi même, qui par les interactions du plus grand nombre nous hisse sous les feux de la rampe. 
Mais combien d'amis facebookiens réagissent aux différents posts? Combien d'amis en réalité? Le virtuel appel le virtuel! Quel triste constat.

Notre rôle de pédagogue est de nous préoccuper de l'éducation au média par l'internet. Il faut informer les élèves de leur droits, des limites à ne pas dépasser, leur apprendre à construire leur identité numérique, l'image qu'ils donnent à voir d'eux-mêmes sur internet. Accompagner l'apprenant dans la construction de son savoir, inclus une forme de prévention ce qui doit s'inscrire dans le "vivre ensemble". Cette préoccupation est majeure puisque la cyberdépendance est une pathologie grave. Rester des heures devant son écrans à créer des situations plus vrais que nature aux détriments de la vraie vie, n'est en soi qu'une illusion. 

Je vous pose la question suivante:
Est-ce que-ce-qui est exposé sur le web 2.0 est comprise de la même manière par tous?
Si c'est le cas, on pourrait dire que le web 2.0 bannis toutes les normes sociales et établie un langage universel.






4 commentaires:

Stella Nakeaetou a dit…

ton article est très complet, j'ai beaucoup aimé le film qui est très représentatif du thème.

Sylvie Hoata a dit…

Je t'en remercie.

Ishido KATO a dit…

J'ai beaucoup apprécié ton article et pour te dire que j'étais complètement captivé surtout par celui-ci.
Je me suis un peu retrouvé dans ce que tu disais, mais juste un peu (un petit chouïa)…
Mais il faut pas oublier que nous sommes humains et que nous avons tous en nous un peu de narcissisme qui nous suit de près...

Sylvie Hoata a dit…

Je te remercie pour ton commentaire.je crois que nous avons besoin de ce côté narcissique pour permettre les interactions et le web 2.0 permet de se faire connaître bien au dela de Tahiti. Toutefois il est impératif de definir l'attention que l'on attends des autres et surtout maitriser l'identité numérique que l'on souhaite diffusé. C'est tout un art.

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